Hans was Heiri - Ou comment échapper à la norme
« Hans was Heiri », c’est une composition magistralement orchestrée, réglée au millimètre près, où s’entremêle l’extase et le frisson, un numéro d’équilibriste qui joue avec le fil de la vie, une hallucinante démonstration de la maîtrise scénique, promesse d’un regard nouveau et enthousiasmant sur le théâtre. Think out of the box. Tel aurait pu être le mot d’ordre donné aux esprits fous qui ont conçu le spectacle « Hans was Heiri ». Des boîtes ? La scène en est pleine. Carrés et rectangles tourbillonnants dans les airs auxquels les artistes, tour à tour comédiens, danseurs et acrobates se raccrochent. Ces cadres, ce sont les carcans dans lesquels la société tente désespérément de nous enfermer ; nous, petits papillons cloués sur un panneau de liège, qu’elle peut ensuite étudier à loisir. Mais ces boîtes sans fond, ce sont aussi les issues par lesquelles on tente d’échapper à ce monde qui tourne à l’envers… Un monde qui tourne à l’envers. Un peu comme ce concept, bizarre à première vue, dans lequel le spectacle nous plonge. Car avant tout, c’est quoi, l’histoire ? Il n’y a pas d’histoire. C’est un rêve. C’est un rêve de gosse où une maison de poupée géante tourne, brassant et essorant les personnages comme s’ils avaient été placés au cœur d’une machine à laver. Parfois, il est vrai que les idées folles dépassent l’esprit du spectateur, qui aurait besoin d’une structure, peut être d’un fil conducteur, quelque chose d’un peu plus tangible pour suivre les comédiens dans leur merveilleux voyage. Heureusement, lui aussi, il a sa petite boîte. Une boîte pleine de souvenirs, de fantasmes, de phobies et d’espoirs. Une petite boîte pleine de vie à travers de laquelle il interprète ce que Zimmermann et de Perrot lui offrent. Alors, une fois que les lumières se rallument, chacun regarde la personne à côté de lui. Les regards sont parfois hagards, souvent brillants. Et chacun raconte un spectacle, si semblable et si différent de celui de son voisin, car chacun l’a regardé au travers du prisme de sa propre vie. Il en a retenu un sens, un sens qui correspond à la forme de sa petite boîte : L’un y verra une critique de la religion ; l’autre une allégorie de la famille ; un autre encore n’aura eu d’yeux que pour la prouesse artistique, et n’aura pu s’empêcher de retrouver chez une muse à la chevelure flamboyante, éclairée par une lumière crue lorsqu’elle voltige dans le ciel, la Satine de Moulin Rouge… Alors venez-vous faire votre propre idée. Apportez vos doutes et vos espoirs et regardez ce spectacle au travers de votre propre cadre. Même si ce spectacle là, bien malin qui pourra le mettre dans une boîte.
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